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Enseignement secondaire (collège) : pour en finir avec la fatalité

Posté par nancybaranes le 5 janvier 2008

1276928414.jpg« C’est quoi le pire entre avoir un bras en mousse ou 50 canards qui te suivent jusqu’à la fin de tes jours ? »

Vous connaissez tous ces questions idiotes dont on a même fait un livre, et qui n’appellent pas de réponse, sinon le sourire. Et bien, si l’on prend la situation d’un nouveau collégien à Monaco ou plutôt celle de ses parents qui doivent choisir son établissement, on se retrouve à peu de choses près dans le même cas de figure, le sourire en moins.

Pour comprendre un peu plus clairement la situation, il nous faut au préalable présenter les choix qui s’offrent aux parents de ce jeune élève de 11 ans. La structure monégasque est à cet égard très simple puisqu’il n’existe à l’heure actuelle qu’une alternative : l’enseignement public avec le collège Charles III et l’enseignement privé catholique sous contrat avec le collège François d’Assise Nicolas Barré.

Au niveau des résultats des établissements et donc, à priori, de la qualité de l’enseignement, rien à redire puisque les résultats au brevet des collèges sont plutôt bons. Cette dimension ne semble donc pas discriminante.

Quels autres critères sont alors déterminants ? La laïcité de la formation reçue ? Le positionnement géographique ? Les dérogations éventuelles ? Les équipes pédagogiques ? Les aménagements d’emploi du temps ? Les moyens financiers ? Plusieurs combinaisons sont possibles, et ces éléments rentrent certainement pour une large part dans la décision définitive.

Mais quel que soit votre choix, votre enfant ne bénéficiera pas des conditions d’enseignement et de vie scolaire que l’on pourrait qualifier d’optimales.

 

L’illusion du choix

Les structures des deux établissements, quoique fort différentes, présentent en effet, chacune à leur manière, des inconvénients majeurs.

Pour le collège Charles III, le problème est connu depuis longtemps : il est en situation de sureffectif, au bord de l’explosion, avec l’émergence d’un certain nombre de problèmes inhérents aux grosses structures (emploi du temps inadapté, problèmes de comportement des élèves, violences verbales …).

L’intention initiale d’avoir, et aujourd’hui de conserver, une structure de cette taille est louable puisqu’elle atteste de la volonté de ne pas créer deux collèges pour éviter d’avoir des collèges de niveau.

Soit, en clair, le collège des bons élèves et le collège des mauvais. C’était la situation non officielle mais pourtant bien réelle qui prévalait à l’époque où le lycée Albert 1er et celui de l’Annonciade formaient chacun les élèves de la 6ème à la Terminale. Les élèves jugés comme « non désirables » au Lycée finissaient alors à l’Annonciade ou en BEP.

Conserver un seul collège semble ainsi, en théorie, être la solution optimale à cette problématique : il permet un meilleur brassage des élèves et des niveaux, et donc au final une meilleure équité en terme d’égalité des chances face à l’éducation.

Mais le problème n’est pas tant la solution retenue que sa mise en œuvre.

Au niveau de la sécurité d’une part. Le bâtiment qui abrite le collège n’est pas prévu pour autant d’élèves et en cas d’incident majeur (incendie, accident chimique, mouvement de foule quelconque…), l’évacuation massive et rapide des élèves n’est techniquement pas possible : les exercices d’évacuation montrent clairement une difficulté non négligeable, qui pourrait se révéler dramatique en conditions réelles.

Sur le plan de l’identification de l’élève à la structure qui l’accueille d’autre part, plus le nombre d’élèves est important, plus le contact y est impersonnel et les repères difficiles à construire. On se retrouve alors avec des élèves qui ne respectent pas la structure qui les reçoit puisqu’ils ne se reconnaissent pas en elle (augmentation des incivilités face au personnel enseignant et administratif ou non-respect du matériel). Cette situation se détériore proportionnellement à l’augmentation de la taille de la structure. Quant au suivi réel de l’élève, notamment eu égard à sa présence dans les locaux, l’exercice devient chaque jour de plus en plus périlleux.

Pour ce qui est du collège FANB, c’est une autre histoire.

Au-delà du clivage idéologique entre enseignement privé et enseignement public, il faut retenir en premier lieu que la structure de FANB présente l’avantage indéniable d’être beaucoup plus petite et donc moins sensible aux problèmes liés au sureffectif de Charles III. Les résultats au brevet des collèges y sont très bons (94 % de réussite et 57,3% de mentions en 2006) et l’ambiance plutôt familiale permet une bonne identification des élèves à leur établissement .

Cependant, ce tableau positif est à nuancer.

Tout d’abord, le collège FANB reste un établissement privé et donc payant. Il exclut donc tout naturellement une partie de la population scolaire, notamment de la population dite « sensible » ou « à problèmes ».

De plus, l’établissement étant d’essence catholique et rattaché au diocèse, les parents sensibles à la notion de laïcité ne souhaiteront pas forcément opter pour ce choix. Tous les élèves n’ont donc pas vocation à intégrer cet établissement.

Enfin, et c’est ce point qu’il nous faut retenir, le bâtiment qui abrite une partie des cours est vétuste et doit être très prochainement désaffecté pour une rénovation générale de sa structure. Soit, dans l’intervalle, un problème potentiel de sécurité important pour les élèves qu’il abrite.

 

Solutions retenues et perspectives

Le choix d’un de ces deux établissements comme option de scolarisation se résume donc à un pis-aller, surtout du point de vue de la sécurité.

Ce qui ne signifie pas pour autant que rien n’est fait : des solutions existent et sont même pour certaines, en cours de réalisation. Ainsi, les deux problèmes majeurs , à savoir le sureffectif du collège dans sa configuration actuelle et la rénovation des locaux de FANB, sont tous deux en voie de traitement.

Il est prévu d’ériger en 2010 sur les délaissés de la SNCF un nouveau lycée professionnel qui laisserait ses locaux actuels de l’Annonciade vacants. Ce dernier bâtiment devrait alors être récupéré et réhabilité, solutionnant alors la double problématique de FANB et de Charles III.

Cet espace devrait être investi dans un premier temps par le collège FANB afin de permettre la remise aux normes de ses locaux actuels. Cette réhabilitation terminée, FANB laissera la place au collège Charles III qui pourra alors étendre ses locaux et résoudre à son tour son problème de sureffectif à court et moyen terme. Cette dernière étape devrait s’effectuer aux environs de 2012 si le planning de construction et de réhabilitation n’est pas retardé.

Mais la question de la pertinence des choix qui ont été effectués se pose de façon particulièrement intense dès lors qu’on la replace dans une analyse de type qualitative et de long terme.

Trois remarques à ce sujet.

La première concerne les délais. La solution pour le collège n’est pas attendue avant 2012. Soit au minimum 4 ans d’attente et donc 4 ans de risque potentiel majeur en terme de sécurité, 4 ans de détérioration des conditions d’enseignement.

4 ans soit plus d’ 1/4 du temps de scolarité d’un élève de l’école maternelle à la Terminale. Il semble pourtant évident qu’une solution plus rapide aurait du être mise en place et une priorité absolue aurait du doit être donnée à ce dossier.

Tous les moyens financiers et matériels nécessaires doivent donc être étudiés et débloqués pour accélérer la mise en œuvre de l’option retenue.

La seconde remarque est relative à la dimension qualitative du système d’enseignement de la Principauté.

A l’heure où de nombreux pays remettent en cause les grosses structures d’enseignement (seulement 12% des collèges français ont plus de 750 élèves et ce chiffre va en diminuant), Monaco choisit pour solution immédiate la réalisation d’une superstructure, soit un collège de plus de 1500 élèves.

Et c’est légitimement que l’on peut se poser la question de la qualité de l’enseignement délivré au sein d’une telle structure. Non pas que les enseignants y soient moins bons ou l’équipe administrative moins impliquée, mais tout simplement parce que s’y développent certains types de comportement décrits plus hauts et liés à la perte de repères des élèves.

La volonté d’un collège unique pour éviter les niveaux est intéressante mais présente donc, en pratique, un inconvénient de taille. Car il ne faut pas oublier que l’égalitarisme à tout prix présente un risque, celui de la perte de motivation.

Si tout le monde obtient la même chose quel que soit le travail fourni, la probabilité est forte de voir les individus minimiser leur investissement, avec pour conséquence logique l’apparition d’un nivellement par le bas.

En outre, la création d’un second collège offrirait une véritable alternative aux élèves, en leur permettant d’avoir un second départ dans un autre établissement en cas de relations conflictuelles ou difficiles dans le premier.

La troisième remarque concerne enfin la prospective et les options évolutives des solutions retenues.

La population scolaire de la Principauté dépend en grande partie de l’évolution naturelle démographique, de l’attrait de notre pays pour de nouvelles familles et enfin, c’est un fait, des dérogations de scolarisation accordées aux populations limitrophes.

Pour le premier paramètre, des études prospectives statistiques doivent nous permettre d’évaluer à plus ou moins long terme les besoins structurels de notre système éducatifs.

Le deuxième paramètre dépend pour beaucoup de facteurs (attrait économique et financier pour l’essentiel) dont nous ne maîtrisons que partiellement l’évolution. Il est donc primordial de concevoir des établissements polyvalents ou évolutifs, aussi bien dans leurs structures existantes que dans leurs possibilités éventuelles d’extensions.

Le troisième et dernier paramètre soulève quant à lui la question des dérogations. Doit-on, comme c’est le cas à l’heure actuelle et pour encore 4 années au moins, continuer de les accorder au détriment de la sécurité la plus élémentaire des élèves ? Et surtout peut-on continuer de les accorder au détriment des conditions d’enseignement des élèves de la Principauté, nationaux et résidents ?

Soyons clairs, il ne s’agit pas de refuser ou d’accepter tout le monde, mais là encore, de ne le faire qu’en fonction d’une évaluation claire de nos capacités actuelles et futures.

Nous ne pouvons pas nous contenter de résoudre les problèmes au cas par cas, et souvent en retard. Il nous faut anticiper les mutations de notre système éducatif. Avec d’autant plus d’acuité que notre territoire n’est pas extensible et que les choix actuels seront difficilement modifiables.

Nancy Baranes

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