Zone rouge

Posté par christophebrico le 28 septembre 2007

120pxcensorship.jpg« Les rois sont bien les maîtres des vies et des biens de leurs sujets, mais jamais de leurs opinions, parce que les sentiments intérieurs sont hors de leur puissance, et Dieu seul les peut diriger comme il lui plaît.« 
Vauban, Mémoire pour le rappel des Huguenots, 1689

Jusqu’à quel point peut-on avoir le droit de tout dire ? Comment permettre à chacun de s’exprimer le plus librement possible sans pour autant nuire à la réputation ou la vie privée d’autrui ? Quel équilibre doit trouver la société entre liberté et ordre public ?

Ce sont toutes ces questions que pose la liberté d’expression.

Notre pays vient de passer un été difficile en la matière, avec la dissolution de l’ADIDM ou le procès de Marc Giacone. La question de cette liberté s’est imposée d’elle-même, et en remontant un peu plus loin on se souviendra du revirement de la ligne éditoriale de l’Observateur de Monaco et du licenciement de Didier Laurens de Monaco Hebdo.

Il n’est pas dans notre intention de plaider à charge ou à décharge, de manière radicale, pour un excès dans un sens ou dans l’autre. Nous pensons en revanche qu’il est sain de s’interroger sur le niveau de l’équilibre nécessaire entre droit et devoir.

La première responsabilité incombe aux pouvoirs publics.
Il est parfois difficile d’estimer ce qui relève de l’opinion et ce qui transgresse vers l’injure ou la diffamation. En la matière les pouvoirs publics peuvent se montrer exemplaires en étant d’une part capables d’assumer les critiques faites à leur encontre, d’autre part en faisant preuve de tolérance, voire d’indulgence le cas échéant.

Notre loi de 2005 sur la liberté d’expression, en son article 33, protège d’ailleurs nos élus, dans l’exercice strict de leur mandat. Elle leur octroie une totale liberté en la matière. Cette liberté est la ressource fondamentale de toute démocratie. Sans réelle liberté d’opinion, sans possibilité de débat véritablement contradictoire, il n’est pas de démocratie comme il ne peut être de justice.

Poussons un peu plus loin : nous posons que l’Etat, au sens large, se doit d’être en capacité de justifier de son action en permanence. C’est donc à lui que devrait revenir la charge de la preuve.

Que nous nous comprenions bien : il ne s’agit pas de rendre possible les attaques, inexcusables, dirigées à l’encontre de la vie privée des individus, mais celles portant sur les personnes publiques dans le strict exercice de leur fonction et/ou action.
En cette matière, on doit pouvoir tout dire.

Au demeurant, n’est-ce pas ce que nous faisons tous, cachés (?) derrière nos (épais ?) rideaux ?

Notre législation reste dure en la matière. Nous menaçons de prison là où la plupart des pays d’occident condamnent simplement à des dommages intérêts.
Or «ce n’est pas en tuant le messager que l’on tue le message». Les idées, les opinions que l’on punit ainsi cesseront-elles pour autant d’exister ? Ne se manifesteront-elles pas un jour par des voies plus radicales, à un degré qui aurait pu être évité, nous conduisant à une crise beaucoup plus profonde ?

On retrouve ici la notion de nécessaire équilibre.

 

La presse au cœur de cette problématique

Une des voies les plus simples pour parvenir à cet équilibre reste la liberté de la presse (dans laquelle nous incluons les publications numériques).

Par son statut de véhicule privilégié de l’information, la presse reste le meilleur vecteur des idées et des opinions, dès lors qu’elle agit avec l’éthique généralement pratiquée par la profession.

Et ce n’est pas en essayant de museler une publication qu’on «enterre» un fait, particulièrement dans la société contemporaine où personne n’est plus en capacité de contrôler totalement l’information.

Ne vaut-il donc pas mieux permettre à celle-ci de pratiquer son métier dans les meilleures conditions possibles, de remplacer une logique de censure ou d’ autocensure par une logique d’enseigne, dans laquelle les relais d’opinion les plus sérieux et les plus crédibles seront aussi les plus lus, vus et entendus ?

Nous ne vivons pas dans un monde parfait ; il y aura toujours des excès.
Mais c’est en posant les bases d’un rapport sain entre le pouvoir et la presse, entre la liberté des citoyens à exprimer leurs opinions et le droit de chacun à voir protégée sa vie privée que nous serons en capacité d’évoluer dans cette société de l’information.

Christophe Brico

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